Mamie,
Les souvenirs de mes moments passés chez toi sont nombreux et intacts. Comme si j'y étais encore.
Ce bas portail grinçant difficile à ouvrir pour entrer vers ta petite maison, tout en répondant à ton coucou par la fenêtre de la salle à manger derrière tes rideaux brodés. Le bruit des graviers lorsqu'on passe à côté de ton beau rosier un peu envahissant et surtout très piquant, les aboiements et les sauts de Sam qui me faisait peur, puis la recherche du chat - qui toujours se cachait. Le 2ème coucou par le carreau au dessus de l'évier de la cuisine dont s'échappaient les odeurs de Fleishnacka, lapin "à la façon Mamie", Spätzle ou autres délices que tu passais des heures à nous préparer (mange Mikala, mange!). Le sol qui grince un peu quand on entre pour dire bonjour, ton bisou plein de force, et puis la salle à manger, mon lieu de vie principal chez toi. Le journal partagé avec le voisin et le dernier Fémina toujours posés sur la pile près du fourneau, les cartes postales des cousins/cousines réparties contre les verres au milieu de la commode. Les photos de nous enfants recouvrant les murs de l'aquarium jusqu'au plafond. La radio noire, et le cd de Matt Pokora que tu adorais (il a de beaux yeux dis donc !). Cette toile cirée moche et qui colle un peu aux poignets. Ce tiroir difficile à ouvrir dont il fallait toujours sortir deux dessous de plat. Le placard secret derrière la porte, incrusté dans le mur, dont j'adorais te voir sortir le jeu des petits chevaux ou le jeu ne t'en fais pas, auxquels je sentais que tu jouais avec un vrai plaisir.
Le moment où tu disparaisais derrière la porte de la cuisine vers le salon et dont je savais que tu reviendrais avec un trésor spécial Mamie : un paquet de gâteaux (alors qu'une bonne tarte maison nous attendait pour le café: je n'ai jamais compris pourquoi tu proposais aussi des gateaux industriels), des rochers noirs dont je rafolais et que tu me divisais en 4, une tablette de chocolat, des bonbons, et/ou un billet d'argent de poche accompagné d'un gros bisou.
Ce couloir serré qui menait au salon. Ce salon ultra kitche - un peu secret, un peu réservé (à cause du placard à trésors ?) - qui sentait le velours et le tapis, rempli de photos de Papi et de toute la famille. Là où le sapin brillait de mille feux quand on venait pour Noël. Là où on avait le droit de regarder la télé !
Le couloir froid à l'entrée, qu'il fallait oser affronter pour s'aventurer jusqu'aux wc. Cet escalier qu'il fallait, avec mon regard d'enfant, monter comme une très raide échelle, à l'assaut des chambres de l'étage qu'on avait rarement le droit d'aller visiter. Ces parties endiablées de Monopoly avec Marion lorsqu'on est venues passer un week-end chez toi.
Le beurre du petit déjeuner qui était toujours congelé et que je n'arrivais pas étaler sur mes tartines. L'odeur de ta cave, dont je n'ai toujours que connu le gigacongélateur où aller chercher de bonnes glaces en été.
Ta belle écriture remplissant d'amour les cartes de vœux d'anniversaires et de Noël.
J'ai garde de toi tous ces souvenirs et bien plus encore. Le livre de recettes écrit de ta main entre 2010 et 2014 me laisse une trace indélébile précieuse que je vais conserver comme un trésor. Promis un jour je suivrai une de tes recettes et j'espère retrouver l'odeur et le goût de tes plats.